Quand j'étais plus jeune, ce qui veut dire plus vulnérable, mon père me donna un conseil que je ne cesse de retourner dans mon esprit : "Quand tu auras envie de critiquer quelqu'un, songe que tout le monde n'a pas joui des mêmes avantages que toi."
Il n'en dit pas davantage, mais comme lui et moi avons toujours été exceptionnellement communicatifs tout en y mettant beaucoup de réserve, je compris que la phrase impliquait beaucoup plus de choses qu'elle n'en exprimait. En conséquence, je suis porté à réserver mes jugements, habitude qui m'a ouvert bien des natures curieuses, non sans me rendre victime de pas mal de raseurs invétérés. Un esprit anormal est prompt à découvrir cette qualité et à s'y attacher, quand elle se montre chez quelqu'un de normal. [...] Réserver son jugement implique un quelque chose si j'oubliais, comme le suggérait mon père avec snobisme et comme avec snobisme je le répète ici, que le sentiment des décences fondamentales nous est réparti en naissant d'une manière inégale.
Or, ayant ainsi fait étalage de tolérance, j'en viens à l'aveu que la mienne a ses limites. Notre conduite peut avoir pour fondation un roc dur ou de fluides marécages, mais passé un certain point, peu me chaut sur quoi elle est fondée.
Extrait de Gatsby le Magnifique de F. Scoot Fitzgerald
Même sensation de sérénité, de douceur que chez Murakami - serait-ce une coïncidence que ce dernier soit le traducteur japonais de Fiztgerald?