J'étais à l'âge où tout ce que je pouvais voir, ressentir ou penser finissait par revenir jusqu'à moi, dans un mouvement de boomerang.
Je comprends tout au contact des mains.
Je me demande s'il n'y a pas à l'intérieur de mon corps un endroit sombre, une contrée lointaine où mes souvenirs les plus importants s'entassent pour donner de la vase.
La mort n'est pas le bout de la vie, elle en fait partie.
Ce n'était pas mon bras qu'elle cherchait, mais un bras. Ce n'était pas ma chaleur qu'elle cherchait, mais une chaleur. J'étais gêné de n'être que moi.
Les étudiants du foyer, me voyant toujours en train de lire en solitaire, semblaient persuadés que je voulais devenir écrivain, mais ce n'était pas le cas. D'ailleurs, je n'avais pas envie de devenir qui que ce soit.
Quand on lit la même chose que tout le monde, on ne peut que penser comme tout le monde.
Je ne pouvais ni ignorer, ni me débarrasser de cet accablement. Il n'avait ni poids, ni contours, comme le vent qui souffle autour du corps. Je ne pouvais même pas m'en recouvrir. Les paysages défilaient lentement devant mes yeux. Mes oreilles ne percevaient pas ce qu'ils me disaient.
J'ai l'impression d'être un singe trempé par la pluie.
Elle est comme ça de temps en temps. Elle s'énerve et elle pleure. Mais ce n'est pas grave en soi. Puisqu'elle exprime ses sentiments. C'est quand on ne peut plus le faire que cela devient dangereux. Alors, les émotions s'accumulent à l'intérieur du corps et se durcissent.
[...] ma gorge était desséchée comme si j'avais avalé un papillon de nuit.
J'ai peur de rencontrer des tas de gens et d'éprouver toutes sortes de sentiments.
Les souris ne tombent pas amoureuses...
C'est en cela que nous sommes différents. Ils sont tous obsédés par le fait qu'ils veulent être compris par les gens qui les entourent, mais ni moi ni toi Watanabe ne sommes ainsi. Cela ne nous fait rien que les autres ne nous comprennent pas. Nous sommes nous, les autres sont les autres.
Dehors, il tombait une pluie fine, et ma chambre était aussi froide qu'un aquarium.
S'apitoyer sur soi-même, c'est ce que font les imbéciles.
La vie est comme une boîte de biscuits.
J'avais pris la résolution de devenir fort. Parce que je pensais qu'il n'y avait pas d'autre voie envisageable pour moi.
C'était vrai. Vivre fait que nous créons en même temps la mort. Quelle que soit notre vérité, la tristesse d'avoir perdu quelqu'un qu'on aime est inconsolable. La vérité, la sincérité, la force, la douceur, rien ne peut calmer la douleur, et, en allant au bout de cette souffrance, on apprend quelque chose qui ne nous est d'aucune utilité pour la prochaine vague de tristesse qui nous surprendra.
Les lettres, ce n'est que du papier. Même si on les brûle, ce qui doit rester dans le coeur reste, et, même si on les garde, ce qui ne reste pas ne reste pas.
Extraits de La ballade de l'impossible de Haruki Murakami
Entrer dans la peau d'un jeune homme de Tokyo ; Watanabe : y découvrir son quotidien, sa quête d'identité, sa relation ou sa non relation avec les autres, les filles, la découverte du sexe.
Une atmosphère pourtant reposante, sereine. Un style aérien qui vous emmène.