Les familles heureuses se ressemblent toutes, les familles malheureuses sont malheureuses chacun à leur façon. [Tolstoï]
Sauf que je ne me bats pas contre des moulins à vent. Je fais pire : j'en rêve, j'en brûle d'envie, et j'en arrive même à croire que je me suis déjà battu contre des moulins à vent.
J'ai tout d'abord remarqué que chaque livre avait un goût propre -sucré, aigre, amer, aigre-doux, rance, salé, acide.
A présent, assommé et ballotté par la vie comme je l'ai été, j'ausculte mon enfance dans l'espoir d'y déceler une sorte de confirmation de ma valeur, un signe que j'étais destiné du moins pour un temps à être autre chose qu'un dilettante, un bouffon, que je dois mon échec à une inexorable fatalité plutôt qu'à un défaut intrinsèque.
Si des études littéraires servent à quelque chose, c'est bien à appréhender le funeste.
Lire est une chose, en parler en est une autre.
Dans le monde réel, il y a des fossés qui ne peuvent être comblés.
Il s'avère que dans mon cas, quand je termine une ligne, je n'entends rien excepté le silence de mes pensées qui tombent sans fin dans un trou de ma mémoire.
Tout ce désespoir enfoui, cette tristesse et ce sentiment d'impuissance qu'on trouvait dans ses livres remontaient à la surface de sa propre vie, se lisaient dans ses yeux et couvraient son visage d'un voile.
Quand vous vous trouvez face à quelqu'un qui a le moral à zéro, qui vous explique combien le monde est froid, méchant, combien les gens souffrent en vain, combien il y a de solitude, et que vous êtes du même avis, cela vous met dans une situation délicate.
Chaque jour qui passe nous rend un peu plus faibles, un peu plus fous.
[...] la distinction entre assumer un masque, qui vous permet de gagner la liberté, et devoir en porter un est la même qu'entre un refuge et une prison.
Quand une personne est morte, ou presque, on ne fouille plus, on cherche.
Mon chagrin à moi ressemblait davantage à un ennui dévorant. L'ennui pesait sur tout mon être. La vie m'ennuyait, la littérature m'ennuyait, même la mort m'ennuyait.
Sec et froid était le monde, merveilleux les mots.
Extraits de Firmin de Sam Savage
Firmin est pour moi un savant mélange de romans à la Tobby Lolness, de dessins animés à la père Castor et d'ambiance à la Ratatouille. Il y plane cependant une profonde mélancolie, une solitude pesante, une vision réaliste du monde.
Mais Firmin est aussi une déclaration d'amour à la littérature. Les grandes oeuvres se bousculent au fil des pages...